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Impressions de la Zinnode Delta – Michel Kazungu

24 mars : Z – 68 (matin)

Tandis que les étudiants en architecture bercent leur gueule de bois, ce qui, à en juger par le nombre de bouteilles vides abandonnées sur le terrain, va leur prendre quelques jours, nous débarquons, ma scénographe préférée et moi-même, dans bellevue abandonné.
Nos Z-collègues doivent être quelque part, à quatre pattes dans les fourrés, en ce lundi de pâques, en train de ramasser des œufs, et nous en profitons pour grignoter sournoisement de l’espace.
En installant l’atelier de costumes ; on s’engueule sauvagement sur les questions de l’ éternel et de l’ éphémère (comme tous les deux ans). Je finis par reconnaître que préparer une parade avec une mentalité de bâtisseur de pyramides relève de la psychiatrie, mais c’est un repli stratégique.

24 mars : Z -68 (soir)

Première répétition de Ferrailles & Bidons au Bellevue Social Club (caves de bellevue fraîchement récurées)
Samedi, c’était « desert storm », aujourd’hui, c’est « ambiance guerre chimique ».
Les artistes avec qui on partage la cave doivent travailler le polyester. J’éprouve une tendresse particulière pour l’épouvantable puanteur du polyester à cause de l’époque où on fabriquait des tambours en fibre de verre dans ma cave, mais je doute de pouvoir faire partager cette douce nostalgie à mes collègues et disciples.
Heureusement, après quelques minutes, la pollution sonore remporte une nette victoire sur la pollution chimique : nos voisins déclarent forfait pour la soirée.
Elle avait déjà commencé de façon inquiétante, la soirée, alors qu’en principe, Ferrailles & Bidons, c’est tranquille, rodé, au point, déjà expérimenté avec des sujets de toutes sortes, des doués, des pas doués du tout, des pas très réguliers, des enthousiastes de la première fois qu’on ne revoit jamais, des lents à la détente, de tout. Il faut réussir à faire faire quelque chose aux pas doués du tout avant que les autres ne meurent d’ennui, ce qui n’est pas simple, mais ça va, on sait comment faire. Seulement, il y a une catégorie d’humains avec qui je ne sais pas du tout comment faire et justement, ce soir-là, j’en ai vu arriver deux, à lunettes, de petite taille, avec une coupe de cheveux que personne ne choisirait soi-même, et là, trompé par la pénombre, je me suis écrié (intérieurement) : aaaarh des ENFANTS !
Ca doit être parce que j’ai gardé un mauvais souvenir de l’école, mais j’ai tendance à penser que les enfants sont capable d’apprendre n’importe quoi plus vite que les autres à condition qu’on n’essaye pas de le leur enseigner. Je ne sais pas si les membres du corps enseignant cachent leur auréole sous leur moumoute ou s’ils souffrent au contraire d’une perversion particulière, en tous cas moi, personnellement, je n’arrive pas à apprendre quoi que ce soit à qui que ce soit qui n’ait pas encore produit suffisamment d’hormones.
Après ce moment de terreur, j’ai appris avec soulagement qu’ils devaient avoir, ces deux nouveaux, dans les 15 ans ; comme quoi le genre Harry Potter fait plus juvénile que le look gangsta.
Donc, s’ils reviennent la semaine prochaine comme ils me l’ont assuré avec enthousiasme, ça nous fera, en comptant les trois qui n’étaient pas là mais qui y sont d’habitude, plus les quatre qui y étaient, pas loin d’une dizaine de ferrailleurs-&-bidonneurs, à quoi on peut ajouter les 3  tapeurs habituels de la Flibuste.
Ca commence a aller, mais bien sûr, à condition de rendre tout ce public moins volatile.

Prochains épisodes : Z -65 Qu’est-ce que Almir goupille à bellevue avec les marionettes ?
Z -63 Qui est la mystérieuse Michù ?